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Auréliennes 1 à 5 - De Ouessant à Plouvien

Dimanche 26 juin 2005 - Ile d´Ouessant - Aurélienne 1

Depuis l´île d´Ouessant jusqu´à l´île de Batz, le parcours de Paul Aurélien en Bretagne Armorique est relativement bien connu. La vie écrite en 884 par Wrmonoc, moine à Landévennec, indique que le saint s´est arrêté à l´île d´Ouessant avant de débarquer sur le continent à Lampaul-Plouarzel. Après un séjour à Lampaul-Ploudalmézeau, il rejoint St-Pol-de-Léon et l´île de Batz. Les traditions locales le font aussi passer par Tréglonou (église Paul Aurélien), Plouvien (Kroas Paol), Plouguerneau (croix de Pont-Crac´h, chapelle Paol) et Brignogan (chapelle Pol). C´est ce parcours (l´Aurélienne) que la fraternité Paul Aurélien se propose d´effectuer entre 2005 et 2009 à raison de deux marches d´environ 20km chaque année.

Le périple commence aujourd´hui à la chapelle de Kerber où se tient le pardon de Paul Aurélien. Avec les 39 marcheurs de la fraternité Paul Aurélien qui s´ajoutent aux Ouessantins, la chapelle est bien remplie. C´est une chapelle simple qui a été reconstruite en 1853. Elle est placée sous le vocable Notre-Dame d´Espérance. À l´intérieur on trouve une statue de Paul Aurélien. Après la messe et l´apéritif offert par la paroisse, nous choisissons l´abri naturel du port d´Arlan pour le pique-nique.

En début d´après-midi, nous prenons le chemin de la pointe d´Arlan. La croix de Paul Aurélien se trouve au sommet. Elle était autrefois fleurie le jour du pardon et les paroissiens s´y rendaient en procession. La croix est datée de 1702. Elle remplace probablement une croix plus ancienne.

A peu de distance de la croix de Paul Aurélien, les sources qui irriguent la petite vallée d´Arlan méritent un arrêt. Écoutons le moine Wrmonoc (ref. n°1 pp. 186-189): "Ayant trouvé un lieu de mouillage dans la partie extrême de l´île, au lieu appelé Portus boum (Le port des boeufs), le saint sortit du bateau avec les siens, et visita aussitôt toute l´île. Ayant parcouru toute l´île, il trouva une propriété que l´on appelle Harundinetum (La Roselière) très pourvue d´un écoulement d´une source très claire, mais beaucoup plus pourvue maintenant par la bénédiction de cet homme ; la source sort par ses veines du sein d´un abîme, descend rapidement dans le bruit d´un murmure d´un vent léger, étendant sur ses rives endormies une somnolence qui invite à un agréable assoupissement, et elle arrose la verdure qui abonde sur la surface de tout l´endroit. Sous l´influence de l´agrément de l´endroit et également de l´amour de la bonne terre, fatigué aussi par l´effort du voyage pénible, l´homme sus-dit s´arrêta là enfin. Il y fit construire un petit oratoire avec un autel en pierre, et d´autres cabanes pour le besoin de tous, et il demeura là un petit peu de temps.". Il est impossible de savoir si la description faite par Wrmonoc correspond au lieu que nous voyons ici. On remarque seulement que la vallée d´Arlan compte parmi les lieux les plus verdoyants de l´île. La chapelle de Kerber et la croix de Paul Aurélien se trouvent à proximité. L´ancien bourg d´Ouessant se trouvait également ici, de même que l´ancien port.

Après Arlan, nous poursuivons notre chemin au sud de l´île jusqu´à un lieu appelé "Porz an Ejen", le port des boeufs". Wrmonoc indique que Paul Aurélien a accosté à "Portus Boum", nom qui signifie aussi "le port des boeufs". La sévérité du lieu suggère que cette correspondance des noms est une simple coïncidence. Il est plus probable que Paul Aurélien a accosté près du bourg de Lampaul, en un lieu qui porte maintenant son nom (Porz Paul). C´est par là que nous terminons notre marche à Ouessant. Rendez-vous a été pris pour continuer le tour de l´île en juin 2007.

Référence: Saint Paul Aurélien vie et culte. B. Tanguy, J. an Irien, S. Falhun, Y.-P. Castel. Editions Minihi Levenez 1991.

Dimanche 9 octobre 2005 - De Lampaul-Plouarzel à Porspoder - Aurélienne n°2

La deuxième marche sur les pas de Paul Aurélien commence sous un beau soleil d´automne à Lampaul-Plouarzel. C´est là que Paul Aurélien a débarqué après un séjour à l´île d´Ouessant. Une première église Saint-Paul-Aurélien avait été bâtie sur les dunes. Au milieu du XVIIIe siècle, elle a été envahie par les sables et le service curial a été transféré dans la chapelle Saint-Sébastien qui est devenue l´église paroissiale Saint-Paul-Aurélien en 1774. Dans l´enclos, le calvaire porte également une statue de Paul Aurélien tenant en laisse un dragon. De là nous rejoignons le port de Porz-Paul qui est protégé par la presqu´île de Beg-ar-Vir. Il est probable que Paul Aurélien a débarqué ici en venant d´Ouessant. La tradition locale affirme qu´un rocher situé à l´extrémité de Beg-ar-Vir a conservé l´empreinte des genoux du saint.

En arrivant à la pointe de Porscav nous découvrons l´Aber-Ildut que nous devrons remonter sur plusieurs kilomètres. Au fond de l´Aber-Ildut, on passe devant le manoir de Bel-air avant d´arriver à Lanildut.

En fin d´après-midi nous arrivons devant la chapelle de Saint-Ourzal. On ignore qui était saint Ourzal. Il n´est pas impossible qu´il s´agisse du même saint que celui qui est éponyme de Plouarzel. Toujours est-il que le saint était vénéré pour faire marcher les enfants, pour que les hommes trouvent des épouses, et enfin pour que les marins reviennent plus vite au port. A Saint-Ourzal, il est probable que nous sommes sur l´emplacement d´un établissement monastique du Haut Moyen Âge. La stèle l´âge du fer située au-dessus de la fontaine atteste de l´ancienneté du site. Il est probable qu´un minihy a été fondé ici. Il existe à proximité un village appelé Gorreminihy, ce qui signifie le haut du minihy. Dans les champs voisins, il y a deux croix gravées en creux sur un rocher qui peuvent être des croix de bornage du minihy. L´intérieur de la chapelle a été renovée en 1992. Au bord du chemin qui descend de la chapelle, il y a une croix étrangement plantée sur un rocher. En fait, elle a été déplacée une première fois au début du XXe siècle pour marquer le lieu d´un tragique accident de cheval. Elle a été déplacée légèrement une seconde fois en 1990 pour être scellée sur un rocher. Elle se trouve maintenant juste en face de son avant-dernier emplacement, et vraisemblablement pas très loin de son emplacement d´origine. De là, nous rejoignons notre destination du jour, l´île Melon.

Dimanche 22 janvier 2006 - De Porspoder à Portsall - Aurélienne n°3

La troisième marche sur les pas de Paul Aurélien commence en face de l´île Melon, là où nous nous étions arrêtés en octobre dernier. Un beau soleil d´hiver nous accompagne. Nous sommes 39 à marcher. Dans l´église de Porspoder il faut remarquer le panneau qui raconte la vie de saint Budoc. C´est un des saints les plus populaires de Bretagne. Sa mère sainte Azénor était la fille du comte de Léon. D´après les écrits qui nous sont parvenus, elle vivait au château de Brest et n´aspirait qu´à une chose: se donner entièrement à son Epoux Céleste. Le comte de Goëlo l´ayant demandée en mariage, elle finit par accepter et quitta Brest pour Chatelaudren. Alors qu´elle attendait un enfant, elle fut faussement accusée d´adultère, renvoyée à Brest chez son père, emprisonnée dans une tour du château (une tour du XIIIe siècle du château de Brest s´appelle toujours aujourd´hui la tour Azénor) avant d´être enfermée dans un tonneau et jetée dans la mer. D´après Albert le Grand, elle resta cinq mois dans son tonneau, sans boire ni manger, ballottée par les flots. Au bout de cinq mois, elle accoucha d´un fils qu´elle appela Budoc et accosta en Irlande. Les années passèrent et Budoc devint archevêque en Irlande. Mais là n´était pas sa vocation. Budoc résolut un jour de passer en Bretagne Armorique. Il accosta à Porspoder en un lieu aujourd´hui marqué par l´église Saint-Budoc. Il y resta une année puis partit s´installer à Plourin. L´inspiration le fît ensuite partir pour Dol où il fut nommé archevêque en remplacement de saint Magloire. La vie de saint Guénolé le fait aussi passer par l´île Lavret près de Bréhat. Le panneau fait le parallèle entre une Annonciation/Visitation et la vie de saint Budoc. A gauche de l’Annonciation, on voit un ange qui vient apporter à Azénor une promesse de salut alors qu´elle est enfermée dans son tonneau. . A droite de l’Annonciation, un autre ange accompagne Budoc vers la Bretagne Armorique. A gauche de la Visitation, on voit les habitants de Bretagne Armorique venir à saint Budoc. A droite de la Visitation, on voit les autorités ecclésiastiques venir faire de Budoc un archevêque.

À quelques kilomètres, la chapelle Saint-Gonvel se niche derrière les pins, bien à l´abri des vents dominants. Le mobilier de la chapelle est actuellement en restauration.

Dans l´après midi, nous poursuivons par le sentier côtier qui longe la pointe de Landunvez. Les jours de grande tempête, les vagues qui passent par-dessus les rochers rendent le paysage dantesque. À la différence de la chapelle Saint-Gonvel, la chapelle Saint-Samson est exposée à tous les vents. Elle domine une mer généralement démontée. Deux croix, une stèle et une fontaine l’entourent. Elle est l´objet d´une grande dévotion pour les maux d’es yeux et les rhumatismes. A l´intérieur de la chapelle, vitrail de saint Samson.

Le château de Trémazan se trouve un peu plus loin. À la fin du Moyen Âge, quatre grandes familles se partageaient le pays de Léon: Penhoat à l´est, Carman et Kergornadeac´h au centre, du Chastel à l´ouest. Un dicton rappelle leur gloire passée: "Richesse de Carman, antiquité de Penhoat, chevalerie de Kergornadeac´h et vaillance du Chastel". Les seigneurs de Carman possédaient un grand nombre de paroisses riches. Un seigneur de Kergornadeac´h avait aidé Paul Aurélien à enchaîner le dragon de l´île de Batz ce qui donnait à ses descendants le droit de rentrer à cheval dans la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Les seigneurs de Penhoat prétendaient être les descendants du comte Withur qui avait donné à Paul Aurélien les terres de son évêché. Les seigneurs du Chastel étaient de vaillants guerriers. Nous sommes ici dans leur fief de Trémazan. Le château actuel date de la fin du XVe siècle.

D´après la légende, sainte Haude et saint Tanguy ont vécu ici au VIe siècle. Le seigneur de Trémazan avait des enfants dont Haude et Gurguy. À la mort de leur mère, leur père se remarie et les enfants sont maltraités par leur nouvelle mère. Gurguy s´enfuit auprès du roi Childebert et Haude dans une métairie où elle s´adonne à la prière. Quand il revient à Trémazan, Gurguy demande à revoir sa sœur, mais sa belle mère la lui présente faussement comme une fille perdue. Quand il la retrouve, Haude ne reconnaît pas Gurguy et s´enfuit. Se rappelant les paroles de sa belle mère, Gurguy pense que Haude a "forfait en son honneur" pendant son absence, et que c´est pour cela qu´elle s´enfuit et qu´elle n´ose pas se présenter devant lui. Cette fausse impression pousse Gurguy à la poursuivre. L´ayant rattrapée, il lui donne un si grand coup d´épée qu´il lui tranche la tête. Gurguy comprend vite son erreur. Haude était un exemple de sainteté. Prix de remord, Gurguy s´en va trouver Paul Aurélien pour lui demander le pardon. Après une période de pénitence, Gurguy devient abbé de Gerber (Le Relecq?) puis fonde un monastère sur le cap de Penn-ar-Bed. Il prend le nom de Tanguy qui veut dire feu. Le cap de Penn-ar-Bed est devenu aujourd´hui la pointe de Saint-Mathieu. Les ruines d´un monastère du XIe siècle et d´une tour à feu du XVe siècle rappellent la vocation maritime du lieu.

La journée se termine à la collégiale de Kersaint. Elle a été fondée en 1460 par Jean du Chastel, évêque de Carcassonne. Une collégiale y fut créée par Tanguy du Chastel en 1519. Trois vitraux évoquent la vie de sainte Haude et de son frère saint Tanguy. Deux sont signés Payan et Guyonnet, 1901, le troisième Haussaire et Payan, 1903. La statue de Notre-Dame du Vrai Secours est entourée de nombreux ex-voto. Il y a une cheminée de chaque côté de l´édifice. La chapelle était très fréquentée le jour du pardon. À l´ouest de l´église on remarque un reliquaire qui permettait d´exposer les ossements.

En rentrant sur Portsall, on passe près du dolmen de Guilliguy (à l´origine sans doute Guilli-Kéo ce qui veut dire grotte du bois). C´est une sépulture à entrée latérale, l´ancêtre des allées couvertes. Elle date de 3500-3000 av. J.C. C´est une sépulture collective pour tous les membres d´une tribu. Les sépultures individuelles n´apparaîtront qu´à l´âge du Bronze. Il y en a d´ailleurs une juste à côté. Une dalle située près d´une chatière donne accès à la sépulture collective et recouvre le caveau d´une sépulture individuelle. La croix qui se trouve près du dolmen se trouvait à l´origine en contrebas près la chapelle St-Usven. Menacée par la mer, elle a été déplacée au sommet de la colline.

Dimanche 10 octobre 2006 - De Portsall à St-Pabu - Aurélienne n°4

Nous commençons cette quatrième marche sur les pas de Paul Aurélien à l´église de Ploudalmézeau. Dans le placître on remarque une croix à dais du XIVe siècle. La face du calvaire porte un Christ, saint Jean et la Vierge et le revers une Vierge à l´Enfant. Sur les côtés il y a encore deux personnages ce qui en fait une croix à sept personnages. Ce qui nous amène à l´église de Ploudalmézeau se sont les fresques réalisées en 1946 par André Mériel-Bussy sur le thème de Paul Aurélien. Le fils de l´artiste, qui a participé à la réalisation, est là aujourd´hui pour nous donner quelques explications sur le travail effectué. Monsieur Mériel-Bussy commence par quelques explications quelques explications sur la technique des fresques. C´est une technique très ancienne que les artistes du XVe siècle ont utilisé pendant la Renaissance. On commence par réaliser un enduit et la peinture doit être appliquée avant que l´enduit ne soit sec. En séchant, la peinture pénètre l´enduit ce qui garantit la stabilité des couleurs dans le temps. Monsieur Mériel-Bussy nous a ensuite parlé du travail effectué en 1946, des personnes qui ont servi de modèle aux personnages de la fresque, des solutions qui ont été trouvées pour piquer l´enduit avant la peinture, des reprises qu´il y a parfois fallu effectuer, ... André Mériel-Bussy a réalisé toute une série de fresques, notamment celles de Saint-Melaine à Rennes. Les fresques de Ploudalmézeau représentent des scènes de la vie de Paul Aurélien, son arrivée en Bretagne Armorique et sa rencontre avec le dragon.

De Ploudalmézeau nous rejoignons Portsall où commence notre marche. Aujourd´hui nous sommes 32. A midi nous approchons de l´île Carn. Il y a 6000 ans, à l´époque néolithique, Carn était une presqu´île ou plutôt une éminence. Les habitants de l´époque y ont établi des sépultures. Un premier dolmen a été construit vers 3800-4000 av. J.C. On lui a ensuite adjoint un dolmen de chaque côté. Aujourd´hui, nous avons donc trois dolmens juxtaposés. Chaque dolmen était fait pour accueillir quelques individus, guère plus de cinq ou six. Le dolmen central ayant été obstrué vers 2500 av. J.C., il a pu être conservé intact jusqu´à nos jours. Sa chambre à encorbellement constitue un exemple unique resté intact depuis 7000 ans. Le dolmen sud a été endommagé par la construction d´une casemate de l´armée allemande. Il est aujourd´hui restauré. Dans le dolmen nord on a trouvé divers objets dont une bouteille à collerette de la fin du Néolithique, des haches polies et des perles. Au pied du monument, des ouvertures permettent de pénétrer dans les chambres. Elles sont hautes de 3m50 et on peut s´y tenir debout.

De l´île Carn nous rejoignons l´église de Lampaul-Ploudalmézeau. D´après certains auteurs, le clocher est un morceau de bravoure architecturale. Pour Le Guennec, c´est après celui de Gouesnou, le plus joli de toute la Bretagne. Les proportions du lanternon sont effectivement remarquables. Détruite par la foudre en 1855, l´église a été presque entièrement reconstruite. Les armes du pape Pie IX dans le vitrail sud (d´azur au lion d´or rampant couronné debout sur une boule) rappellent l´époque de la reconstruction. Dans le choeur, le Christ se trouve entre Paul Aurélien et Notre-Dame. C´est une place peu commune. Le Christ en croix se trouve généralement en face de la chaire à prêcher pour rappeler le verset 1:23 de la lettre de saint Paul aux Corinthiens:

1:22 Alors que les Juifs demandent des signes
et que les Grecs sont en quête de sagesse,
1:23 nous proclamons, nous, un Christ crucifié,
scandale pour les Juifs et folie pour les
païens,
1:24 mais pour ceux qui sont appelés, Juifs et
Grecs, c´est le Christ, puissance de Dieu
et sagesse de Dieu.
1:25 Car ce qui est folie de Dieu est plus sage
que les hommes, et ce qui est faiblesse de
Dieu est plus fort que les hommes.
1:26 Aussi bien, frères, considérez votre appel:
il n´y a pas beaucoup de sages selon la chair,
pas beaucoup de puissants, pas beaucoup de
gens bien nés.
1:27 Mais ce qu´il y a de fou dans le monde, voilà
ce que Dieu a choisi pour confondre les sages:
ce qu´il y a de faible dans le monde, voilà
ce que Dieu a choisi pour confondre ce qui
est fort:
1:28 ce qui dans le monde est sans naissance et
ce que l´on méprise, voilà ce que Dieu a
choisi: ce qui n´est pas, pour réduire à
rien ce qui est,
1:29 afin qu´aucune chair n´aille se glorifier
devant Dieu.

Dans chœoeur, la prééminence est à Paul Aurélien. Notre-Dame arrive ensuite. Paul Aurélien porte une chasuble à la romaine qu´on appelle parfois chasuble violon. Elle est de couleur verte, couleur de la liturgie des dimanches ordinaires. A la différence de la plupart de ses autres représentations, Paul Aurélien ne porte pas d´étole et sa crosse n´est pas plantée dans la gueule du dragon.

La fontaine de Paul Aurélien se trouve près de église. Elle rappelle le passage de Paul Aurélien en ces lieux. Écoutons Wromoc:

Lui-même, tous ses compagnons étant sortis du bateau, pénètre dans le littoral ; prenant tout le monde avec lui, il parcourt le pays où il est venu, et arrive à un "plou" du pays d´Ac:h que l´on appelle du nom ancien de Telmedovia. Ce "plou" est une partie du pays de Domnonée, dans l´ouest duquel il se trouve. Et dans le pays sus-dit, il trouve un domaine qui est maintenant, par le don de Dieu, une offrande à perpétuité pour le saint; aussi est-il désigné comme l´un des domaines qui sont à lui, et qui sont au nombre de cent, comme ce sera exposé par la suite. Et dans ce domaine il trouva l´emplacement d´une source très limpide, au débit abondant, un endroit très lumineux et très agréable. On appelle maintenant ce lieu Villa Petri (Kerber) lequel, dit-on, était le cousin de Paul. Rendant grâces à Dieu, il y construisit un oratoire et des petites habitations, et il demeura là quelques jours avec les siens.

XIII. DE LA CONSTRUCTION DE SON MONASTERE DANS LA PAROISSE DE TELMEDOVIA.

Pendant qu´il demeurait en ce lieu, plusieurs des siens, parcourant en tournée tout le domaine se constuisirent plusieurs cabanes dans des endroits plus retirés. Un de ceux qui s´en allèrent ainsi plus à l´écart fut le dénommé Junehinus, que tous appelaient "l´ermite" à cause de l´étroitesse de sa vie plus serrée et de son séjour volontaire dans la solitude plus écartée. Ayant parcouru tout le domaine, il trouva une source très limpide avec du sable très blanc, environnée de bois très épais et des grandes terres ; en s´écoulant, le ruisseau qui en sortait produisait dans tous les lieux environnants une chanson très agréable par le bruissement de son murmure. Et là, tout joyeux de l´agrément du lieu et de la qualité de l´eau, il commença à habiter dans la très petite cabane qu´il avait construite. Mais l´ennemi antique du genre humain, toujours prêt à causer du tort aux auteurs d´une activité bonne, suscita à l´improviste un ennemi du travail accompli. Un boeuf sauvage qui remplissait la panse de son ventre de bête sauvage dans les terres incultes voisines et les gras pâturages, avait l´habitude de venir tous les jours à la source pour étancher sa soif en buvant au ruisseau. Tout le monde, par crainte de lui, s´enfuyait. Il vint donc selon son habitude, et démolissant jusqu´à terre la construction tout entière de la cabane, il l´étendit sur le sol, et après l´avoir foulée aux pieds, il la dispersa un peu partout de ses cornes ; puis il s´en retourna jusqu´à ses propres quartiers avec des beuglements effrayants.

Mais le serviteur de Dieu pressentant que c´était l´oeuvre de l´ennemi, ne céda pas à l´adversaire, mais il se dressa lui-même contre l´ennemi en renouvelant l´ouvrage. Le deuxième jour, l´animal vint de nouveau et démolit tout ce qui avait été refait; le troisième et le quatrième jour, il fit pareil avec la même fourberie. Et ainsi l´effort était égal pour le serviteur de Dieu et son ennemi, mais leur occupation était différente : l´un construisait, l´autre détruisait ; l´un restaurait, l´autre démolissait. Junehinus cité plus haut prend soin de faire connaître l´affaire à son maître : il lui demande de venir lui-même et de repousser l´inimitié du cruel adversaire.

Satisfaisant à sa demande, il arrive sur les lieux, et remarque aussitôt l´agrément de l´emplacement qui lui plaît beaucoup : "Junehinus, frère bien-aimé, si tu le veux bien, ce lieu sera à moi, et le mien sera à toi". Et lui de dire "Maître très bon, tout ce qui est ou pourrait être à moi, est à toi, et ce qui est à toi sera à moi : il faut en toutes choses obéir à ta volonté !". Mais lui "Bien au contraire ! Ce n´est pas à ma volonté qu´il faut obéir, mais plutôt à celle de Dieu !" Et il répond : "C´est vrai Mais je ne suis pas sans savoir que ta volonté n´est pas en désaccord avec celle de Dieu. C´est pour cela que tout ce que tu dis doit être accompli comme étant des ordres de Dieu". Sur ces entrefaite, tandis qu´ils conversaient l´un avec l´autre, la bête sauvage arrive selon son habitude. Aussitôt que, venant de loin, elle aperçoit Paul debout devant l´entrée de la cabane, remise déjà de nouveau en état, elle avance toute tremblante et effrayée. Se prosternant trois fois à ses pieds, la tête baissée vers le sol, elle fléchit les genoux comme si elle demandait pardon du forfait commis, et comme si on lui avait enseigné cette façon de faire dès ses premières années. Le saint homme, sans plus tarder, donne le pardon à la bête qui a montré devant lui son regret, et lui dit : "Je te pardonne ; va en paix, mais garde-toi bien de revenir jamais plus ici". Elle baisse de nouveau la tête comme pour dire adieu, retourne à son lieu et elle s´établit dans les endroits les plus retirés des bois, de telle sorte que, dit-on, elle n´a jamais été revue en ce lieu.

Ce fléau ayant donc disparu, le saint reste seul en cet endroit, les autres demeurant çà et là dans les environs. Il bénit l´emplacement et la source, bâtit aussitôt un oratoire et une petite habitation, et demeura là quelque temps. Cet endroit est celui que l´on appelle maintenant monastère, ou en langue vulgaire, le Lann de Paul au "plou" de Telmedovia. Là, ses bienfaits innombrables sont accordés toujours maintenant à tous ceux qui demandent avec une foi droite.

Notes:

  1. Le nom Plou-Telmedovia est maintenant devenu Ploudalmézeau.
  2. Le village de Kerber où Paul Aurélien s´installa avant de venir à Lampaul existe toujours. Il y existait autrefois une chapelle.
  3. Junehinus le frère bien-aimé, c´est Jaoua qui deviendra plus tard évêque de Léon. Nous le rencontrerons prochainement à Plouvien où se trouve son tombeau.

Références:

Saint Paul Aurélien vie et culte. B. Tanguy, J. an Irien, S. Falhun, Y.-P. Castel.
Editions Minihi Levenez 1991.

Dimanche 4 février 2007 - De St-Pabu à Plouvien - Aurélienne n°5

Nous allons longer l´Aber-Benoît pendant près de 20 km. Nous sommes ici presque à l´embouchure. La partie maritime de l´aber s´étend sur 10 km. La chapelle de Loc-Majan a été bâtie au bord de l´Aber-Benoît. Elle est dédiée à saint Majan, frère de saint Gouesnou, lui-même compagnon de Paul Aurélien. C´est un édifice en forme de croix latine du XVIIIe siècle avec porte ouest remployée du XVe siècle. Un pardon a lieu fin juillet chaque année. Précédée de la statue de sainte Anne, la procession traditionnelle rejoint la rive de l´Aber-Benoît pour la bénédiction de la mer. Après le pique-nique sur les rives de l´Aber-Benoît, nous rejoignons l´église de Tréglonou. Elle est dédiée à saint Paul Aurélien. La statue du saint a été placée dans une niche vitrée à l´extérieur de l´église.

Nous passons près du Moulin de Coumou sur l´Aber-Benoît. C´est l´un des 101 moulins recensés sur l´aber et ses affluents. Le nom proviendrait du Breton "milin komm" (Moulin à foulon). Le bulletin de la société archéologique du Finistère de 1888 mentionne qu´on y foulait le drap au XVIIe siècle. Jusqu´en 1952 le moulin fonctionnait environ 2000 heures par an et produisait près de 6000 quintaux de grain chaque année. Il y avait 3 krufel qui faisaient tourner 3 meules. Si la plupart des moulins fonctionnaient avec des roues à aubes (galejen, koajel ou koazegel), celui de Coumou fonctionnait avec des roues horizontales (krufel). En 1952 les krufel ont été remplacés par une turbine et les meules par un broyeur. Le moulin est alors devenu une minoterie.


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