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Aurélienne 9 - De Plounéour-Trez à Plounévez-Lochrist

Dimanche 4 juin 2008. La marche de 20km effectuée aujourd´hui va de l´église de Plounéour-Trez à celle de Plounévez-Lochrist. A Plounéour-Trez on trouve dans l´église une étonnante série de vitraux sur le Tro Breiz. La chapelle du Penity, la fontaine et l´église de Goulven rappellent de souvenir de saint Goulven. Dans les dunes de Keremma, la chapelle Saint-Guévroc est une fondation du Haut Moyen Age. Avant Plounévez-Lochrist, la journée se termine par la chapelle de Lochrist.

L´église de Plounéour-Trez a été reconstruite en 1889. Elle contient une collection très complète de vitraux sur la propagation de la foi en Bretagne. La série principale représente les sept saints fondateurs de Bretagne. Elle est complétée par deux autres séries de saints de Bretagne: les princes et les prédicateurs. C´est à l´abbé Stéphan, recteur de 1894 à 1901, qu´on doit ces vitraux qui "rappelleront aux habitants et aux visiteurs, et les sept Saints de Bretagne, et leur pèlerinage". La photo ci-dessous est celle du vitrail du diocèse de Léon. On y retrouve en condensé les lieux et les personnages marquants des environs de Plounéour-Trez. En bas du vitrail, on trouve saint Paul Aurélien, l´évêque fondateur de l´évêché de Léon, et son successeur saint Goulven. Entre les deux c´est saint Enéour le fondateur de la paroisse de Plounéour-Trez. Le haut du vitrail représente la côte entre Plounéour-Trez et Saint-Pol-de-Léon. A gauche c´est la chapelle Pol de Brignogan qui aurait été fondée par Paul Aurélien. A côté c´est le menhir de Men Marz, la pierre du miracle d´où Paul Aurélien aurait ordonné à la mer de ne plus venir ravager les terres. Plus à droite c´est Pontusval et la baie de Goulven où saint Derrien et saint Néventer auraient noyé un dragon. A côté c´est le bois de Coat-Tanguy qui rappelle la rencontre de saint Tanguy et de saint Paul Aurélien à Coat-Elez (paroisse du Drennec). A droite c´est la chapelle du Kreisker et la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Pour obtenir plus d´informations sur les vitraux de l´église cliquer ici pour obtenir l´article de Y. Autret "Tro Breiz à Plounéour-Trez" (document PDF de 8 Mo à télécharger).

L´église de Goulven date des dernières années du XVe siècle et des premières années du XVe siècle. Le clocher porte la date 1593. Il fut bénit le 2 juin 1639. Un second clocher, modeste, surmonte l´arc diaphragme. Le maître-autel est en kersanton. Il date de la fin du XVe siècle. Maitresse vitre représentant en 9 scènes de la vie de saint Goulven. Glaudan donne à sa femme l´eau de la fontaine miraculeuse. Baptême de saint Goulven. Saint Goulven dans son ermitage. Les foules affluent. Saint Goulven faisant le tour des trois croix. Saint Goulven priant pour repousser une invasion. Saint Goulven reçoit du comte Even terres et forêts. Miracle de la terre changée en or. Saint Goulven est sacré évêque à Rome par le pape saint Grégoire le Grand.

Dans le bourg, la maison dite de saint Goulven est une ancienne auberge du XVIe siècle. Les premières foires ont été autorisées à Goulven en 1544.

La chapelle du Pénity de saint Goulven s´élève sur le flanc d´une colline dominant la baie de Goulven. D´après la tradition, c´est là que saint Goulven aurait vécu en ermite. D´après la légende, il ne sortait qu´une fois par jour pour faire une procession passant par trois croix disposées autour de son ermitage. La Fontaine de Saint-Goulven se trouve à peu de distance du Penity. C´est à cet endroit que Gologwen a donné naissance à saint Goulven. Cela se passait au VIe siècle. Glaudan et sa femme Gologwen avaient débarqué dans la baie de Goulven. Laissons Albert Le Grand raconter la suite: "étans sortis du vaisseau, ils prirent leur chemin le long du rivage, & arriverent en la Paroisse de Ploüider, distant de deux lieuës de Lesneven & Plou-neour-trez, de façon qu´ils furent contraints de chercher à loger, cette nuit, en un Village situé és paluds de Brengorut, mais le Païsan à qui ils s´adresserent, voyant que c´estoient des étrangers pauvres et necessiteux, les refusa, de sorte qu´ils furent contraints de loger en un lieu, nommé Odena, où Gologuenn accoucha d´un fils". Le lendemain, Glaudan alla chercher un peu d´eau pour laver l´enfant mais on ne lui en donna pas. Et Albert Le Grand de poursuivre: "Voyant donc qu´en vain il avoit courru, d´ailleurs la necessité de sa femme, l´enfant foible & debile, il eut recours à Dieu, se jetta à genoux & luy présenta son humble priere, le suppliant, la larme à l´oeil, de les assister en cette extréme necessité. Sa priere finie, tout incontinent, une belle fontaine sourdit, distante de seulement d´un jet de pierre du lieu où estoit gisante Gologuenn, de laquelle elle but, puis y lava son enfant; prognostique que cét enfant, en faveur duquel cette fontaine fut miraculeusement produite, seroit une vive source de doctrine & sainteté, de laquelle les hommes puiseroient les eaux salutaires, pour rassasier la soif de leurs Ames altérées." La fontaine de Saint-Goulven est un monument de style renaissance. Elle est entourée d´une enceinte carrée et de bancs de pierre pour les pèlerins. A droite de la statue de saint Goulven, le sarcophage encastré dans le mur passe pour avoir été le lit de saint Goulven. Le premier dimanche de juillet, jour du pardon, on venait en procession jusqu´à la fontaine. Le célébrant plongeait dans le bassin le reliquaire contenant un bras de saint Goulven. Ainsi était renouvelé chaque année le pouvoir curatif des eaux de la fontaine. Sur la colline, c´est Croaz-Burzud, la croix du miracle. La croix date de 1935. Elle a servi de croix de mission en 1959. Elle marque l´endroit où Even, comte de Lesneven serait venu demander l´aide de saint Goulven pour combattre une invasion normande. Le saint aurait prié là pendant trois jours et trois nuits et l´invasion fut repoussée. A la suite de cet événement, la renommée de saint Goulven devint grande. Cependant, il ne quittait jamais son ermitage. Il se résolut à partir quand on lui proposa de devenir évêque de Léon. Ne voulant pas devenir évêque, il partit à Rome en espérant qu´on nommerait quelqu´un d´autre à sa place. Mais les léonards ne s´amusèrent pas à en élire un autre. Il firent le voyage de Rome et demandèrent au pape de délivrer à Goulven la dignité épiscopale, ce que Goulven ne put refuser. Cependant, après quelque années à la tête de l´évêché de Léon, Goulven a préféré redevenir ermite. Il est parti en compagnie de Maden, son disciple de toujours. Il a peut-être séjourné dans le Cap Sizun. Une cloche dite de saint Goulven est conservée à Goulien (Finistère). Ensuite il a pu passer quelque temps sur les bords de l´Yvel près de Taupont (Morbihan). L´église de Taupont est dédiée à saint Golven. Au Vieux Bourg de Taupont il y a aussi les Prés Saint-Golven et une fontaine Saint-Golven. A la fin de sa vie, saint Goulven était à Saint-Didier (à l´est de Rennes). Il est mort là, dans une paroisse consacrée, comme Plouider sa paroisse natale, à saint Didier. Son tombeau devint rapidement un but de pélerinage et l´évêque de Rennes décida de transférer les reliques de saint Goulven dans sa cathédrale. En 1533, la paroisse de Goulven reçut un ossement du bras. C´est à cette époque que fut construite la belle église qui domine la baie.

Dans la dune de Keremma, la chapelle Saint-Guévroc rappelle vraisemblablement le passage de saint Guévroc. D´après la tradition saint Guévroc (ou Kirek) a commencé sa vie de religieux au monastère de Trécor dirigé par saint Tugdual. Il est ensuite devenu ermite dans un lieu appelé Lan-Guewrock puis Loc-Kireck (aujourd´hui Loquirec). De là il est allé s´installer à Traoun-Guewrock (la vallée de Guévroc) dans la paroisse de Ploudaniel. Il s´est peut-être fixé un moment à Keremma. Par la suite, à la demande de Paul Aurélien, il aurait quitté son ermitage pour devenir prédicateur dans le diocèse de Léon. La Bretagne possède peu de monuments du Haut Moyen Age. La stèle de Saint-Guévroc pourrait en être un. Elle est situé sur un petit promontoire. C´est un simple pilier, peut-être destiné à porter une croix. Sur la face ouest on distingue le Christ entouré de quatre personnages. Il y a sans doute saint Jean et la Vierge. Les ruines de la chapelle ont été relevées en 1895. Le projet a pris corps quand le bruit a couru que le Ministère de la Marine allait faire de Keremma un champ de tir. La municipalité vota en urgence l´autorisation de reconstruire la chapelle pour faire obstacle à ce projet. On s´est appuyé sur les bases existantes et les travaux furent menés rapidement. Le dallage en ciment du choeur revint à 106 francs et la dépense totale à 4051 francs. Les frais ont été supportés par Henri Michau, Armand Rousseau et Armand Allain-Launay. Dans le bas-côté nord on trouve la copie d´une stèle énigmatique. L´original se trouve au musée de Rennes. On y observe un personnage de sexe masculin en position d´orant. La tête part vers l´arrière ainsi que les mains. Une paire d´ailes pend sous les bras du personnage. L´orant semble porter une tunique courte serrée à la taille par une ceinture. Une sorte de culotte s´arrête aux genoux. Le thème de l´orant étant largement utilisé à l´époque mérovingienne, toute datation est impossible. La chapelle Saint-Guévroc possède encore une autre curiosité, sa fontaine. Elle est située à la limite du choeur et on y accède par un escalier de 13 marches.

Dans les dunes on remarque le Sebum âcre. C´est une plante qui forme des tapis. Elle a un goût de poivre. Etant toxique elle n´est pas broutée. On la trouve dans la dune grise. La dune blanche c´est la dune de sable. La dune grise se trouve en arrière. Le sable n´est plus mobile et les débris organiques forment une couche grisâtre. Egalement très répandu sur les dunes dans les endroits secs, l´Orchis pyramidal a des fleurs groupées en épi de forme pyramidale. La floraison a lieu en mai et juin. Sur le chemin de Lochrist, noter aussi la croix du Haut Moyen Age de Roch-ar-Groas (commune de Plounévez-Lochrist).

C´est également dans la baie toute proche du Kernic en Plounévez-Lochrist qu´Albert Le Grand fait débarquer Paul Aurélien au cours de son voyage de Ouessant à l´île de Batz. Voici le récit d´Albert Le Grand:

VI. Lequel ayant dit adieu à sa soeur & donné sa benediction à ses filles, remonta sur mer, &, ayant traversé l´Occean Britanique ou Manche d´Angleterre, aborda à l´Isle de Heussa ditte en François Oùessant, éloignée de la coste du bas Leon de sept lieuës de Bretagne, où ils prirent terre, l´an 517, grayerent leur vaisseau & le tirerent à sec trouvant le lieu solitaire & propre à leur dessein, y édifierent un petit Monastere, consistant en une Chappelle & treize petites Cellules de gazons, couvertes de glays, où ayans vescu six mois, Dieu leur commanda, par un Ange, de s´embarquer de rechef, parce que ce n´estoit pas là le lieu où il devoit s´arrester ; à quoy il obeït, & se mit en mer, rengeant la coste de Leon, de l´Oüest à l´Est, sans perdre la terre de veuë, jusqu´au Havre du Kernic en la Paroisse de Plounevez, où ils se desembarquerent & voulurent de rechef bastir leur Monastere ; mais S. Paul eut revelation d´avancer encore en pays ; ce qu´il fit, tirant vers la Ville d´Occismor (7). Proche d´icelle il fit rencontre d´un Maistre Berger du Comte Guythure, Gouverneur du Comté de Leon, duquel il s´enquist à qui appartenoit le pays où il estoit, &, ayant appris que c´estoit audit Comte Guythure, qui demeurait en l´Isle de Baaz, vis à vis du Bourg de Roscow, il s´y fit conduire, &, par le chemin, rendit la veuë à trois aveugles, leur touchant les yeux de son baston, lequel miracle fust suivi de la guerison de deux muets, ausquels, par sa seule benediction, il rendit l´office de la langue. Les Saints passerent en l´Isle &, entrans dans le Bourg de Baaz, S. Paul rendit la santé à un Paralytique, puis se fit conduire droit au Palais du Comte.

La première chapelle de Lochrist aurait été bâtie sur le lieu d´une bataille. Saint Fragan, père de saint Guénolé le fondateur du monastère de Landévennec, aurait remporté une bataille contre des pirates grâce à l´intercession de son fils. On y aurait bâti un monastère en l´honneur de Sainte Croix. L´existence d´un prieuré à Lochrist est attesté par les chartes du XIIIe siècle qui portent: "Prioratus Christi. Prioratus humilioris arboris". L´existence d´un prieuré dépendant de l´abbaye Saint-Melaine de Rennes est même attestée au XIIe siècle par une bulle du pape Lucien III datée de 1185. D´après M. Ogès, le monastère de Lochrist était au Moyen Age l´un des plus riches de Bretagne. Le clocher actuel date du XIIIe ou du XIVe siècle. A l´intérieur la pierre tombale d´Alain de Kermavan porte la date 1263. Le pardon de Lochrist avait lieu chaque année le 14 septembre, en la fête de l´exaltation de la Sainte Croix. La grande fête annuelle attirait à Lochrist des milliers de pèlerins. La réputation de Lochrist et de sa fontaine miraculeuse était fameuse. Les archives mentionnent notamment un jour de 1534 où Yves Kérézéan du village de Kergall en Plounévez-Lochrist, mort le matin de la peste, était ressuscité le soir suite au pèlerinage de sa mère à l´église prieurale. A la base du clocher, une arcade ogivale porte un tympan composé de trois panneaux. Celui du milieu représente le Christ en croix. Les panneaux latéraux figurent des anges agenouillés. Ils portent des écussons où sont représentés les instruments de la Passion. De cette époque il ne reste plus grand chose. L´accès à la fontaine miraculeuse a été interdit et celle-ci est maintenant comblée. L´accès à l´´église est lui aussi interdit.


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