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Aurélienne 10 - De Plounévez-Lochrist à Berven
Dimanche 5 octobre 2008. La marche de 20km effectuée aujourd´hui part de Plounévez-Lochrist et rejoint la chapelle de Berven en Plouzévédé. Elle passe par le château de Maillé en Plounévez-Lochrist, la chapelle Saint-Jean en Saint-Vougay, le château de Kergournadéac´h en Cléder, le manoir de Kermenguy en Cléder et l´église de Tréflaouénan.
Nous arrivons vers midi à Maillé où nous sommes accueillis par monsieur Danguy des Déserts qui nous offre l´hospitalité à l´intérieur du château. Le château de Maillé intègre dans sa façade l´un des plus vieux, sinon le plus vieux manoir de Bretagne. Il a été construit vers 1350 par la famille de Kermavan/Carman (originaire de Kernilis où elle avait un château fort). Une des fenêtres de la façade porte la trace de l´ancrage d´un quadrilobe caractéristique de cette époque. La porte à double mouluration est également caractéristique d´un manoir du milieu du XIVe siècle.
A cette époque c´était le manoir de Coat Seiz Ploue, le manoir de la terre des sept paroisses que possédait Kermavan (Plounévez-Lochrist, Lanhouarneau, St-Vougay, Plougar, Plouzévédé, Cléder et Sibiril). Vers 1570, Maurice de Kermavan décide de quitter son château fort de Kernilis et de venir habiter dans sa résidence de Coat Seiz Ploue. Il fait agrandir son manoir. La nouvelle construction Renaissance s´inspire des travaux de l´architecte Philibert Delorme.
Maillé c´est aussi un résumé d´histoire médiévale. La famille de Kermavan avait comme armes un lion d´azur sur fond d´or. En venant à Maillé, Maurice de Kermavan a rajouté sur son blason les armes de sa mère qui était de Lesquelen (paroisse de Plabennec). La roue rappelle comment saint Thénénan s´est barricadé à Lesquelen en bloquant l´accès à une fortification avec une roue de charette, échappant ainsi à une attaque de pirates au VIe siècle. Vers 1550, Maurice de Kermavan s´est marié à Jeanne de Goulaine (sud de Nantes). Les armes de Kermavan sont alors coupées de Lesquelen et mi-parti de Goulaine. En 1185, le pape Urbain III a demandé au duc de Bretagne Geoffroy d´effectuer une médiation entre le roi d´Angleterre Henri II Plantagenêt et le roi de France Philippe Auguste. C´est Mathieu de Goulaine qui a été chargé de la médiation parce qu´il connaissait les deux rois. Il a permis à Philippe Auguste d´obtenir le Vexin et évité un conflit entre les deux rois. En reconnaissance, Philippe Auguste et Henri II Plantagenêt l´ont autorisé à mettre sur son blason la moitié de l´Ile-de-France (la moitié de 3 lys) et la moitié de l´Angleterre (la moitié de trois léopards). Kermavan obtenait ainsi des armes telles qu´il n´en existe peut-être nulle part ailleurs. On en trouve plusieurs représentations dans le château de Maillé, notamment la magnifique clé de voûte Renaissance et sa copie en couleur. En 1577, Claude de Kermavan épouse François de Maillé (Touraine) qui hérite du domaine peu après. Ils ont un fils, Charles, qui sera élevé au rang de marquis par le roi Louix XIII, non pas marquis de Kermavan mais marquis de Carman, comte de Coat Seiz Ploue. En 1625, Charles de Maillé obtient que le comté de Coat Seiz Ploue devienne le comté de Maillé. Le fils de Charles de Maillé, Henri de Maillé meurt en 1726. Ensuite le château devient la propriété des Rohan et tombe en ruines. Il est acheté et restauré en 1789 par Ameline de Cadeville. Il appartient actuellement à la famille Danguy des Déserts à qui nous devons une impressionnante série de restaurations.
A l´entrée du château on voit encore la motte féodale du château primitif. Dans la chapelle du château est une belle statue de Notre-Dame de Kermeur. En 1984, la chapelle était au bord de la ruine. La toiture a été relevée de 40cm à l´aide de vérins. A l´origine elle dépendait de l´abbaye de Saint-Mathieu. Elle était sous le vocable de Notre-Dame du Mont-Carmel depuis 1393.
De Maillé nous prenons le chemin de la chapelle Saint-Jean en Saint-Vougay. Cette chapelle fut pendant longtemps le théatre d´un pardon renommé. Célébré le 24 juin en l´honneur de Saint-Jean-Baptiste, il s´accompagnait d´une foire aux oiseaux qui lui ont donné son nom de "pardon de Saint-Jean-des-Oiseaux". La fontaine située à l´angle nord-est de la chapelle était réputée pour guérir les maladies d´yeux.
Peu après la chapelle Saint-Jean nous arrivons au château de Kergournadéac´h. Dans "La Vie des saints d´Armorique", édition de 1632, Albert Le Grand a relaté l´histoire de Nuz, seigneur de Kergournadeac´h au VIe siècle:
"Le Comte (Withur de Léon), voyant les miracles que Dieu faisoit par les merites de S. Paul, le supplia de délivrer ceste Isle de l´importunité d´un horrible Dragon, long de soixante pieds, couvert de dures écailles, lequel sortoit souvent de sa caverne, &, se ruant sur les prochains villages, devoroit hommes, femmes & bestiaux indifféremment. S. Paul consola le Comte & passa la nuit en prieres avec ses Prestres, &, le matin, dist la Messe & se mist en chemin vers la caverne du Dragon, avec ses Ornemens Sacerdotaux ; le Comte & le peuple le suivirent jusqu´à un endroit d´où ils luy monstrerent la caverne du Dragon & n´oserent passer outre. Il se trouva un jeune Gentil-homme de la Paroisse de Cleder, lequel s´offrit d´accompagner S. Paul & jamais ne le quitter; le Saint accepta son offre, &, ayant beny son épée, marcherent contre le Dragon, auquel le Saint commanda de sortir de sa taniere ; ce qu´il fit, roulant les yeux, en sa teste, froissant la terre de ses écailles & sifflant si horriblement, qu´il faisoit retentir les rivages circonvoisins. Le saint s´approcha de luy, &, luy ayant jetté & lié son Estolle au col, le bailla à conduire à son Gentil-homme, qui le mena comme un chien en lesse, saint Paul le frappant de son bâton; &, arrivez en l´extremité de l´Isle vers le Nord, il luy osta son Estolle & luy commanda de se précipiter dans la mer; ce qu´il fit, & s´apelle encore à présent le lieu d´où il se jetta Toull-ar-Sarpant, c´est à dire, l´abysme du Serpent, où la mer fait un croulement & bruit étrange en tout temps, sans aucune cause aparente."
"VIII. S. Paul, ayant exterminé le Monstre, fut accompagné du Comte & de tout le Peuple, qui luy rendirent mille remerciemens & luy soûhaitterent mille bénédictions; &, en reconnoissance de la valeur, courage & magnanimité de ce jeune Gentil-homme qui avoit accompagné saint Paul, le Comte le nomma de Ker-gour-na-dec´h, c´est à dire, en Breton, qui ne sçait fuïr, & luy donna plusieurs beaux privileges ; même de là les Seigneurs de cette Maison disent avoir le privilège d´aller seuls à l´Offrande, avec l´épée au costé & les éprons dorez, le Dimanche après les Octaves, de saint Pierre & S. Paul, qui est le jour de la Dédicace de l´Église de Leon."
En fait, l´histoire de Kergournadeac´h est mal connue avant le XVIIe siècle. Le nom même de Kergournadeac´h est sujet à interprétation dans la mesure où il ne correspond pas au nom breton du lieu, Cornadeac´h, qui pourrait signifier le coin du serpent. La famille de Kergournadeac´h est sans doute déclarée héritière de Nuz vers le Xe siècle, voire plus tard, et a pris de l´importance à partir de cette époque. Au XVe siècle Kergournadeac´h comptait parmi les quatre grandes familles du Léon avec Kermavan (Carman), du Chastel et Penhoat. Leur devise était "En Diex est, et Chevalerie de Kergournadeac´h". Près des ruines du château, d´étranges vestiges pourraient indiquer une occupation très ancienne du lieu. Il s´agit d´une sorte de tour carrée percée à la base d´une ouverture basse et étroite. La partie haute semble s´appuyer sur une partie plus ancienne. On ignore la fonction de cette construction (magasin? départ de souterrain?). Quant au château, il a été construit au début du XVIIe siècle. Louis Le Guennec (Le Finistère monumental, tome I, Morlaix et sa région) raconte la ruine du château:
"Le château de Kergournadec´h fut acquis en 1726 par Mathieu Pinsonneau, maréchal héréditaire du Léonnais. C´est à sa fille, Mme Bidé de la Grandville, qu´on attribue la ruine de cette magnifique demeure. Voulant pousser son fils à la Cour et craignant que l´attrait de la résidence ne le retint en Bretagne, elle autorisa ses vassaux à enlever toitures et planchers, en emportant les matériaux à leur convenance. En 1753, elle vendait des poutres à la fabrique de Plouzévédé. on comprend si chacun se rua à la curée: du superbe castel il ne resta bientôt plus que les murs, dont une partie des pierres servit plus tard à la construction des églises de Plounévez-Lochrist et de Plouider."
Quant au fils de Mme Bidé de La Grandville, il vécut à Paris et on peut comparer sa déchéance à celle de son château.
Après un détour rapide par le château de Kermenguy, nous arrivons à l´église de Tréflaouénan. Bien que maintenant dédiée à saint Léonor (saint Lunaire, évêque d´Alet), Tréflaouénan doit son nom à Laouénan, l´un des quatorze disciples qui débarqua à Ouessant avec Paul Aurélien. Tréflaouénan est devenue paroisse avant 1427 et avait deux trèves, Trézilidé et Quéran. L´église abrite de remarquables lambris peints de 1663 et restaurés en 1963. Il y a 15 tableaux. et peut-être 3 thèmes qui reviennent chacun 5 fois: la Passion, l´Alliance et la Royauté. L´idée principale semble être celle de l´instauration, de par la Passion, d´une Alliance avec le Christ-Roi.
- Nativité/Passion. Au premier plan un agneau aux pattes liées annonce déjà la Passion. Il n´y a ni âne ni boeuf (ou à peine visible).
- Rois mages/Royauté. Les Mages ont reconnu le nouveau Roi.
- Circoncision/Alliance. La circoncision est le symbole de l´alliance avec Dieu. La Vierge n´est pas présente. Elle n´est pas associée à l´Alliance. Des servants portent deux fioles et une aiguière.
- Montée à Jérusalem/Royauté. Au temps du roi David, l´âne était un animal royal. Le roi David est entré à Jérusalem sur un âne. Le Christ en fait de même. On croit reconnaître le clocher du Kreisker à Saint-Pol-de-Léon.
- Lavement des pieds/Passion. Le lavement des pieds c´est l´annonce de la Passion. La scène a lieu en pleine rue à Jérusalem. Les bâtiments sont train de s´écrouler.
- Jardin des Oliviers/Alliance. Un ange porte la coupe d´alliance.
- Arrestation/Passion.
- Couronnement d´épines/Royauté. Le Christ est fait roi.
- Ecce homo/Royauté. Le Christ est présenté comme un roi. Il se tient au dessus d´un arc de triomphe. Un personnage (Barabas?) se réjouit.
- Portement de croix/Passion.
- Elévation de la croix/Alliance. Il semble que les soldats romains du premier plan entrent eux aussi dans l´alliance. L´un d´eux lève le bras.
- Crucifixion/Passion. La Vierge est associée à la Passion.
- Resurrection/Royauté. Le Christ est établi comme roi céleste. Le chien semble être le seul à ne pas être effrayé.
- Ascension/Alliance. L´Alliance est définitivement établie avec les disciples.
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