Fraternité Paul-Aurélien - Autour de Guiclan - Juin 2012


 
 
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Résumé de la journée

Depuis Kermat en Guiclan, nous suivons une voie ancienne qui traversait le Léon d'est en ouest. La croix du Planten se trouve au bord de cette voie. Une navette de tisserand est gravée sur le socle ainsi que la date 1601.

Les chemins sont particulièrement détrempés en cette fin de printemps et pour le pique nique, nous apprécions les gradins de le l'hippodrome mis à notre disposition par la mairie de Landivisiau.

L'après-midi nous quittons la voie ancienne principale qui est goudronnée après l'hippodrome, et nous en rejoignons une autre à un kilomètre au nord. Bien que moins importante, elle est balisée par les croix de Guernénez et de Kervellec en Plougourvest.

Sur la commune de Plougourvest, au lieu-dit Saint-Mathieu, nous arrivons à un carrefour médiéval où se tenait une grande foire chaque année en septembre. Elle commençait la veille de la saint Mathieu et durait huit jours. Au croisement d'une transléonarde qui traversait le Léon d'ouest en est, et d'un grand itinéraire nord-sud qui reliait Quimper à Saint-Pol-de-Léon par Sizun et Landivisiau, on y venait de tout le Léon et aussi de Cornouaille.

En fin d'après-midi nous arrivons à Bodilis. Nous prenons le temps de faire le tour de l'enclos en nous attardant sur les poutres sculptées et les sablières qui sont particulièrement remarquables.

Notices

Les croix à navette

Sur les 3000 croix répertoriées dans l'Atlas des croix et calvaires du Finistère, dix sont ornées d'une navette de tisserand [1]. Il y en a trois sur la commune de Guiclan, au Planten par où nous passons aujourd'hui, à Saint-Jacques où se trouve une croix restaurée provenant de Kerellon, village voisin du Planten. Il y en a une autre à Mézavel sur la route de Guiclan à Penzé. En suivant vers l'ouest la voie ancienne transléonarde qui passe par le Planten, 500m avant Trémaouézan, on arrive également devant une croix ornée d'une navette. Il y en a une autre à Loc-Eguiner-Ploudiry à l'est du village de Tréfascoët, au bord de la route qui remonte vers Landivisiau. On en trouve encore une à Bodilis, près du village de Kerellé, au bord d'une ancienne route qui reliait Morlaix à Landerneau par le plateau de Ploudiry. A Commana, la croix à navette se trouve à 500m au sud du bourg, au bord de la route de Landerneau. Les trois dernières sont plus incertaines, à Quillourou en Scrignac, à Kernon en Guerlesquin, et à Créac'h Hanter-Hent près de Tréméal à Plouvorn.

La croix au quatre-de-chiffre de Kerfeunteuniou à Bodilis

Comme la navette, le quatre-de-chiffre est l'emblême du marchand de toiles de lin [1]. Sur la commune de Bodilis, à 500m au sud-ouest du village de de Kerfeunteuniou et à 1km au sud-ouest de Saint-Mathieu par où nous passons aujourd'hui, la croix date de 1681. Elle a été érigée par le marchand de toiles Guillaume Le Roux à l'occasion de son remariage en 1681. Son nom et celui de sa nouvelle épouse Derrien s'étalent sur les quatre faces du socle. Le croisillon porte un écu au quatre-de-chiffre. C'est une marque corporative adoptée à partir du XVe siècle par les libraires, les tailleurs, les marchands, les tisserands, les marchands de toile, et les armateurs (à Roscoff on trouve un quatre-de-chiffre sur la cheminée de la maison d'un armateur). Le quatre-de-chiffre englobe dans un même signe le chiffre 4, symbole de plénitude, une croix contenue dans le chiffre 4, et parfois une seconde croix qui prolonge le chiffre 4. Le chiffre 4 est parfois inversé horizontalement.

Guillaume Le Roux a eu dix enfants. L'aîné Guillaume a construit le manoir de Kerfeunteuniou qui a été détruit dans les dernières années du XXe siècle. Il a eu beaucoup de descendants dont François Le Roux, prêtre à Bodilis, qui a sa sépulture dans le cimetière de Bodilis. C'est une dalle de schiste ornée d'un calice et d'une inscription mentionnant la date de sa mort en 1782. François Le Roux était considéré comme un saint homme à Bodilis. On y amenait les petits enfants qui avaient du mal à marcher, faire le tour de sa pierre tombale.

Saint-Mathieu en Plougourvest, au croisement de deux grandes voies anciennes

A Saint-Mathieu, près de Coatsabiec, à la limite de Bodilis et de Plougourvest nous sommes à un carrefour de deux grandes voies anciennes qui permettent de traverser le Léon d'ouest en est et le Finistère du nord au sud. Vers l'est, le chemin mène tout droit à Morlaix en 22km. Vers l'ouest, en allant toujours tout droit, on arrive à Trémaouézan d'où on peut poursuivre vers l'extrême ouest du Léon par Gouesnou et Saint-Renan. Vers le nord, le chemin permet de rejoindre Plougoulm et Saint-Pol-de-Léon. Le chemin qui part vers le sud croise à 1km au sud de Landivisiau l'ancienne voie romaine de Carhaix à l'Aber-Wrac'h, puis à 2km au nord de Sizun l'ancienne route de Brest à Angers par Carhaix, puis à 2km au sud de Sizun une voie ancienne qui descend vers Quimper par l'est de la forêt du Cranou et Châteaulin.

Saint-Mathieu en Plougourvest, le site d'une foire ancienne et réputée

Une foire s'est développée à ce croisement de Saint-Mathieu [2, pp. 27-31]. Le droit de foire a été accordé le 28 octobre 1429 par le duc Jean V à Olivier de Kerouzéré, seigneur de Coëtsabrieuc (aujourd'hui Coatsabiec), en un lieu "convenable et proufitable à y faire tenir foire une foez len au jour et vigille de St Mahé auquel jour et lieu y a congregacion et assemblée de gens" [4]. Ouverte le 20 septembre, veille de la Saint-Mathieu, elle se prolongeait pendant huit jours [3]. On y venait du Léon et de Cornouaille. Un jour, un gendarme fut tué parce qu'il maltraitait un mendiant. A 500m au sud-ouest, près du village de Kerfeunteuniou sur la commune de Bodilis, le champ appelé "Parc an Archer" garde la mémoire de cet événement. A la suite de cela, en 1769, la foire a été transférée à Landivisiau où elle a continuer à prospérer [2]. Bien que réduite à une seule journée, la foire Saint-Mathieu existe toujours à Landivisiau.

La chapelle qui s'élevait à l'angle sud-ouest du croisement des voies anciennes a disparu. Il ne reste que le petit calvaire dans l'enclos de la chapelle aujourd'hui transformé en futaie. La croix à dais date du XIVe siècle. Son ancienneté confirme l'acte de création de la foire qui indique que le croisement de Saint-Mathieu était un lieu de rassemblement bien avant la création de la foire. Saint-Mathieu de Plougourvest est signalé comme prieuré de l'abbaye de Saint-Mathieu dans http://www.infobretagne.com. Cependant nous n'avons pas trouvé la confirmation dans les études récentes sur les prieurés du Finistère [5, 6]. A proximité, une parcelle appelée "An ostaleri" indique qu'il y avait une "Hôtellerie" [2].

Y. Autret
Juin 2012

Remerciements

Les informations sur l'enclos de Bodilis, notamment celles sur les poutres sculptées et les sablières qui n'ont encore jamais fait l'objet de publications, sont dues à Y.-P. Castel.

Références

  1. Y.-P. Castel. De la navette du tisserand au quatre-de-chiffre du marchand sur les monuments du pays toilier léonard. Bretagnes : art, négoce et société de l'Antiquité à nos jours. Collectif. Brest. Association des Amis de Jean Tanguy. 1996. ISBN 978-2-901737-23-0. p. 39-52
  2. Saint Mathieu (les reliques, le pèlerinage, la route du nord, ...). Minihi Levenez n°30 1995. Job an Irien. 29800 Trelevenez.
  3. M. Duval. Foires et marchés en Bretagne, De l'Antiquité à la fin de l'Ancien régime Chroniques D'antan. 2001.
  4. Bodilis (sur infobretagne.com)
  5. M. Simon. Du temporel au spirituel, prieurés de l'abbaye de Saint-Mathieu. Saint-Mathieu de Fine-Terre à travers les âges. Actes du colloque du 23-24 septembre 1994, Brest-Plougonvelin. 1995. pp. 153-167.
  6. J.-P. Soubigou. Présence des abbayes extérieurs dans le diocèse de Léon vers 1330. Bulletin de la Société archéologique du Finistère. Tome CXXXIX. Année 2011. pp. 239-264.
  7. S. Duhem. Les sablières sculptées en Bretagne. Presses universitaires de Rennes. 1997.
 

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